
Ce soir s’effeuilleront les roses,
trop pleines d’elles-mêmes,
en douces agonies.
O mon enfant, ô mon amie vas-y :
La vie s’éclaire dans la mort des choses.
*
On te met dans un simple vase, —
voici que tout change :
c’est peut-être la même phrase,
mais chantée par un ange.
Ébauches et fragments, Les Roses (XVI) extraits, de Rainer Maria Rilke
Éclosion écrasante
affable on la contemple
du ciel ou de la haie
s’imposant nonchalante
derrière un sourire glabre
allègre au doux visage
elle paresse souveraine
hautaine non haïssable
paraissant bien certaine
d’avoir conquis le monde
saisir alors d’un geste
l’image d’Épinal
jamais ne songe-t-elle
aux âmes qui la regardent
et ses épines se targuent
se dressent impitoyables
la mort savoure écoute
caresse ses pétales
attendant l’heure sereine
la pensant triomphale
c’est oublier le doute
dont la nature la pare
comment la prendre alors
sans se fendre d’un aïe
sans cri sans une larme
et rien qu’elle ne réclame
qu’on la laisse qu’on la prenne
qu’on s’en tienne au hasard
la fleur à tous égards
intemporelle clame
à l’excès sa victoire
ad vitam aeternam

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